Arrêter de fumer
Arrêter de fumer pendant la grossesse : les faits, les aides, à qui en parler
L’essentiel
Arrêter de fumer est bénéfique à n'importe quel moment de la grossesse, pour toi comme pour l'enfant, et d'autant plus que c'est tôt (HAS, 2014). Les substituts nicotiniques, patch compris, peuvent être utilisés enceinte, mais uniquement sous contrôle médical (Assurance Maladie, 2024), si l'arrêt sans médicament n'a pas suffi. La varénicline et le bupropion sont contre-indiqués, le vapotage déconseillé. Ta sage-femme ou ton médecin peut prescrire ; le 39 89 répond aussi.
- des femmes déclarent fumer au 3e trimestre (Enquête nationale périnatale 2021)
- 12,2 %
- des fumeuses à l'annonce de la grossesse disent avoir arrêté, en 2021 (Assurance Maladie)
- 45 %
- remboursement de la plupart des substituts, sur ordonnance (Assurance Maladie, 2025)
- 65 %
Mis à jour le · sources relues le 5 novembre 2026 · notre méthode
Arrêter sert encore, quel que soit le mois
Si tu fumes et que tu es enceinte, tu es loin d’être la seule. Un quart des femmes enceintes entre 2016 et 2021 fumaient quand elles ont appris leur grossesse (Baromètre de Santé publique France, repris par l’Assurance Maladie). Parmi elles, en 2021, 45 % ont déclaré avoir arrêté, 51 % avoir réduit sans arrêter, et 4 % n’ont ni arrêté ni réduit. Au troisième trimestre, 12,2 % des femmes déclaraient fumer en 2021, contre 16,3 % en 2016.
Pour la HAS, arrêter à n’importe quel moment de la grossesse apporte des bénéfices à la mère et à l’enfant, d’autant plus grands que l’arrêt est précoce. Réduire ne suffit pas : la HAS prévient que la réduction peut s’accompagner d’une absorption plus grande de la fumée, pour une toxicité équivalente.
Les risques du tabac pendant la grossesse, chiffrés
Le rapport du CNGOF (gynécologues et obstétriciens) et de la SFT (Société francophone de tabacologie), publié en 2020, rassemble les mesures d’association entre le tabac de la mère et les complications. Au-dessus de 1, la complication est plus fréquente chez les femmes qui fument.
| Complication | Mesure (intervalle à 95 %) | Type |
|---|---|---|
| Petit poids de naissance | 1,95 (1,76-2,16) | OR |
| Grossesse extra-utérine | 1,73 (1,28-2,32) | RR ajusté |
| Hématome rétroplacentaire | 1,69 (1,62-1,76) | OR ajusté |
| Mort fœtale in utero | 1,36 (1,27-1,46) | OR |
| Placenta praevia | 1,27 (1,18-1,35) | OR |
| Fausse couche précoce | 1,23 (1,16-1,30) | RR |
| Prématurité | 1,21 (1,19-1,24) | OR ajusté |
| Césarienne (plus de 10 cigarettes par jour) | 1,09 (1,05-1,14) | RR ajusté |
Ce sont des risques relatifs (RR) et des odds ratios (OR), pas des pourcentages : 1,23 ne veut pas dire 23 % de risque de fausse couche. Pour la fausse couche et la grossesse extra-utérine, le risque monte avec la consommation. Un référentiel plus ancien de la HAS (2015) donnait un chiffre plus élevé pour l’hématome rétroplacentaire : 2,42 (1,53-3,31) ; le tableau suit le rapport de 2020, plus récent.
Le tableau d’origine compte deux autres lignes. Anomalies congénitales : 1,01 (0,96-1,07), sans écart net, même si le rapport retient le tabac comme facteur de risque de certaines d’entre elles. Prééclampsie : 0,67 (0,60-0,75), moins fréquente chez les fumeuses. Ce n’est pas une raison de fumer : le même rapport recommande d’aider toute femme enceinte fumeuse à arrêter.
L’Assurance Maladie ajoute que la fumée des autres expose aussi, de façon plus modérée, et que le tabac est la première cause de mort subite du nourrisson.
Patch, gommes, pastilles : ce qui est possible enceinte
| Aide | Pendant la grossesse | Qui le dit |
|---|---|---|
| Accompagnement, soutien | Pour toute femme enceinte qui fume | CNGOF-SFT 2020, HAS 2014 |
| Substituts nicotiniques | Possibles, sous contrôle médical | Assurance Maladie 2024 |
| Varénicline, bupropion | Contre-indiqués | HAS 2014 |
| Cigarette électronique | Déconseillée | CNGOF-SFT 2020, Assurance Maladie 2024 |
| Tabac chauffé, chicha | Déconseillés | CNGOF-SFT 2020 |
Les substituts nicotiniques ne viennent pas en premier : ils sont proposés quand l’arrêt sans médicament n’a pas tenu, quel que soit le terme (Assurance Maladie, 4 décembre 2025 ; CNGOF-SFT, 2020). Pour la HAS, leur usage encadré par un soignant est moins nocif que de continuer à fumer.
Sur la forme, deux voix. La HAS (2014) admet toutes les formes en privilégiant les formes orales, dont l’action dure moins longtemps. Le CNGOF et la SFT (2020) estiment que les données ne permettent pas d’en recommander une plutôt qu’une autre. Le patch n’est donc pas exclu : la forme et la dose se décident avec le professionnel qui suit ta grossesse.
Leur efficacité est discutée, et le rapport de 2020 l’écrit : dans les essais contre placebo, ils ne sont pas associés de façon significative à l’arrêt ; sur l’ensemble des études, ils le sont. Ils ne sont pas associés à un sur-risque de fausse couche précoce. Si tu refumes une cigarette en cours de traitement, le rapport recommande de poursuivre la substitution : parles-en à la personne qui te suit.
À qui en parler, et ce que ça coûte
À ta sage-femme, à ton médecin ou à ton gynécologue, dès la première consultation, et même avant si la grossesse est en projet. La HAS demande aux soignants une aide soutenue tout au long de la grossesse et un entretien « sans culpabiliser la patiente ».
La sage-femme peut prescrire les substituts, pour toi et pour ton entourage. Sur ordonnance, la grande majorité sont remboursés à 65 %, sans plafond annuel, et la pharmacie peut t’éviter l’avance de frais (Assurance Maladie, 4 décembre 2025) ; le détail est sur la page remboursement des substituts. Le CNGOF et la SFT recommandent aussi d’orienter vers un tabacologue pour adapter la prescription, et ta caisse d’Assurance Maladie peut te donner les coordonnées des consultations spécialisées.
Entre deux rendez-vous, les tabacologues de Tabac Info Service répondent au 39 89, du lundi au samedi de 8 h à 20 h ; l’appel n’est pas surtaxé et l’accompagnement est gratuit.
Après la naissance : garder le cap
La reprise est fréquente, autant le savoir pour s’y préparer : jusqu’à 82 % à un an en France selon le CNGOF et la SFT. La HAS écrit que 80 % des femmes qui ont arrêté pendant la grossesse rechutent dans l’année qui suit l’accouchement, et 30 % juste après.
Ce qui aide à tenir, d’après le rapport de 2020 : l’allaitement, l’absence de fumeur à la maison et l’absence de symptômes de dépression après l’accouchement. Fumer n’est pas une contre-indication à l’allaitement, les substituts restent possibles pendant cette période, et il est recommandé de ne pas fumer juste avant la tétée.
Les sources
- CNGOF et SFT, « Prise en charge du tabagisme en cours de grossesse » (rapport d'experts et recommandations, texte court) (2020) — Tableau des mesures d'association entre tabagisme actif et complications de la grossesse. Substituts proposés après échec d'un arrêt sans substitut (grade B), sans forme préférée ; vapotage, tabac chauffé et chicha déconseillés ; reprise après l'accouchement jusqu'à 82 % à 1 an en France.
- Grangé et al., Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, 2020 (2020) — Publication du texte court des recommandations CNGOF-SFT sur la prise en charge du tabagisme en cours de grossesse.
- Assurance Maladie, « Tabac et grossesse » (17 septembre 2024) — Un quart des femmes enceintes entre 2016 et 2021 fumaient en apprenant leur grossesse ; en 2021, 45 % ont déclaré avoir arrêté, 51 % avoir réduit sans arrêter, 4 % n'ont ni arrêté ni réduit. Substituts utilisables uniquement sous contrôle médical ; vapotage à ne pas utiliser. Le tabac est la première cause de mort subite du nourrisson.
- HAS, recommandation « Arrêt de la consommation de tabac : du dépistage individuel au maintien de l'abstinence » (octobre 2014) — Arrêter à n'importe quel moment de la grossesse apporte des bénéfices, d'autant plus grands que l'arrêt est précoce. Substituts moins nocifs que continuer à fumer, formes orales privilégiées. Varénicline et bupropion contre-indiqués. Entretien sans culpabiliser. 80 % de rechutes dans l'année après l'accouchement.
- Assurance Maladie (espace médecin), « La prise en charge du sevrage tabagique » (4 décembre 2025) — Les substituts nicotiniques peuvent être proposés aux femmes enceintes fumeuses en cas d'échec d'une prise en charge non médicamenteuse, quel que soit le terme de la grossesse. La varénicline est contre-indiquée chez les femmes enceintes.
- Assurance Maladie, « Arrêt du tabac : quelle prise en charge pour les substituts nicotiniques ? » (4 décembre 2025) — La grande majorité des substituts nicotiniques sont remboursés à 65 % sur prescription, sans plafond annuel, avec dispense d'avance de frais possible. Certains sprays et inhaleurs ne sont pas pris en charge. Les sages-femmes peuvent prescrire, y compris à l'entourage.
- Santé publique France, « Enquête nationale périnatale : résultats de l'édition 2021 » (6 octobre 2022) — La proportion de femmes déclarant fumer au 3e trimestre de la grossesse est passée de 16,3 % en 2016 à 12,2 % en 2021 (enquête menée en mars 2021 auprès de 12 723 femmes en métropole).
- HAS, « Dépistage du tabagisme et prévention des maladies liées au tabac » (référentiel) (janvier 2015) — Chiffres plus anciens que ceux du rapport de 2020 : odds ratio de 2,42 (1,53-3,31) pour l'hématome rétroplacentaire et de 1,74 (1,21-2,27) pour la grossesse extra-utérine.
Sources relues le 5 novembre 2026. Ces repères ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé. En France, Tabac Info Service répond au 39 89.